Au niveau historique

  •  L’histoire de la rage et ses avancées :

 

Le mot rage trouve son origine  dans la langue sanskrite, 3000 ans avant Jésus Christ : " Rabhas " signifie   " faire violence ".Comme la racine sanskrite, le mot grec pour rage, lyssa, vient de lud qui signifie violent (d’où le nom de Lyssavirus pour les agents étiologiques de la rage).

Autrefois en Inde, le dieu de la mort était représenté accompagné d'un chien, émissaire de la mort. Décrite pour la première fois dans le code Eshnunna, rédigé en Mésopotamie au XVIIIe siècle avant JC, la rage, ainsi que son caractère fatal et sa transmission par la morsure de chien sont mentionnés. Dans le grimoire démotique de Londres et Leyde, au IIIe siècle avant JC, on trouve une formule à prononcer en cas de morsure. Il fallait en même temps broyer de l’ail et l’appliquer sur la plaie causée par une morsure.

Dans l'antiquité gréco-romaine, la rage était associée à Sirius, la constellation représentée par un chien. Les jours où cette constellation était visible étaient appelés dies caniculares. La légende selon laquelle les chiens devenaient enragés lorsque Sirius était visible, en été, a persisté longtemps. Chez les Romains, comme chez les Grecs, les chiens errants étaient mis à mort pendant cette période sous prétexte de lutter contre la rage. Très vite cependant, la possibilité de transmission de la rage par d'autres mammifères carnivores, loups, lions, chacals et herbivores est connue.

La maladie est ensuite décrite par Hippocrate, Démocrite et Aristote dans l'Antiquité.

Au Ier siècle avant JC, Aulus Cornelius Celsus décrit l'hydrophobie et donne ce nom à la maladie causée par les morsures d'animaux. L'hydrophobie et la prévention des morsures par l'utilisation de muselière sont retrouvées dans les textes anciens du Moyen-Orient, d'Extrême-Orient ou de l'Inde.

Au XVIe siècle, Girolamo Fracastoro, dans son traité sur les maladies infectieuses, décrit les modes de contagion des maladies infectieuses, par contact direct ou indirect et par contamination aérienne. Lors de ses pérégrinations en Italie, il observe de nombreux cas de rage et détermine, dans son traité sur les blessures incurables, les particularités de l'incubation longue et silencieuse de la rage jusqu'à l'apparition du tableau clinique qu'il décrit lorsque la maladie se déclare.

Sur le plan thérapeutique, l'antiquité gréco-latine a apporté une notion essentielle : l'efficacité de la cautérisation des plaies. Il s'agit du seul traitement qui ait traversé les siècles avec une certaine réussite et qui était encore appliqué au temps de Pasteur. Pourtant, de nombreux autres remèdes ou thérapeutiques ont été proposés : bains de mer froids, d'huile chaude, thériaques variées... sans plus de succès les uns que les autres. Cette impuissance à guérir la rage, ou simplement à en soulager les symptômes, a encouragé l'application de thérapeutiques magiques. Ainsi, l'hydrophobie et la déshydratation qui en résultait étaient combattues en donnant à boire de l'eau enfermée dans un « globule » de miel. Au XIXe siècle où de nombreuses épidémies de rage sévissaient encore en Europe, Saint Hubert était, par exemple, spécialisé dans le traitement de la maladie.

Au XIXème siècle, la rage canine et la rage lupine sévissent, créant une véritable phobie parmi les hommes : un humain mordu par un chien ou un loup se suicidait ou était tué.

En 1810, dans une petite ville de Meuse, un loup enragé mordit 40 personnes qui moururent toutes.

Au XIXème siècle, le Docteur Henri Duboué, fait des découvertes concernant le vecteur de transmission de la rage en reproduisant la maladie chez le lapin en inoculant le virus dans son cerveau. À la même époque, Louis Pasteur mène des recherches similaires en privilégiant la voie sanguine. Grâce à différentes expériences et essais, Henri Duboué peut affirmer que le virus rabique se propage le long des fibres nerveuses jusqu'au système nerveux central. Cette découverte est adoptée par Pasteur pour concevoir son vaccin.

M.Pasteur inoculant la rage à un lapin. L’Univers illustré, 16 janvier 1886

Au XIXème siècle c’est en travaillant sur le choléra des poules (qui ravage les élevages) que Louis Pasteur fait une découverte fondamentale: le vaccin. Il consiste à introduire dans le corps, en petite quantité,  des “intrus” affaiblis ou morts de la maladie pour que les globules blancs apprennent à les reconnaître. Ainsi, si des intrus actifs de la maladie pénètrent plus tard, les lymphocytes pourront plus efficacement les combattre. Louis Pasteur entre dans l’histoire en appliquant pour la première fois sur un être humain le vaccin contre la rage, le 6 juillet 1885, en soignant Joseph Meister, jeune berger mordu par un chien enragé.

 

  • L’évolution de la rage :

 

La dernière épidémie de rage (et le dernier humain mort de rage en France) remonte à 1924 en Côte d'Or. 

La maladie est remarquée en 1920 au Pôle Nord où elle touche les chiens de traîneau, sous une forme un peu différente du fait du climat ; cette forme sylvatique passe au renard polaire puis, se dirigeant vers le sud, au renard roux.
En 1935, la rage est en Pologne, en 1939 dans la région de l'Oder-Neiss, en 1951 en Allemagne de l'est, en 1955 en république fédérale allemande et franchit le Rhin en 1959. La Hollande est touchée en 1962 ; en 1967, c'est le Danemark du nord, la Belgique, le Luxembourg, la Suisse, l'Autriche du Sud puis la France en 1968.

Le 28 mars 1968 à Montenach, petit village de la Moselle proche de la frontière allemande, un renard enragé est tué. Cette même année, d'autres seront abattus ou trouvés morts en Moselle et dans les Ardennes. En 1969, la rage gagne la Meuse et la Meurthe et Moselle. La rage se propage lentement du nord-est vers le sud-ouest : depuis 1968, elle aura avancé de 30 à 40 km par an, surtout en septembre/octobre, moment où les jeunes renards quittent leur famille et, devant conquérir un territoire, n'hésitent pas à se battre avec leurs congénères.

 

Graphique des renards enrages

 

S'il n'y a plus de rage en France, c'est grâce aux campagnes de vaccination des renards qui ont été menées.

Ajouter un commentaire

 
×